Fête des mères : ces cadeaux d’époque qui sont inappropriés aujourd’hui

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Il y a des souvenirs d’enfance qui restent gravés pour toujours.

Le bout de la langue qui dépasse en essayant de bien tracer les lettres, les doigts couverts de peinture, l’odeur de la colle vinylique dans la salle de classe…

Et au bout de tout ça, un cadeau pour maman, fabriqué avec amour et une maladresse touchante.

La fête des mères, c’était ça.

Un moment où les enfants rentraient à la maison avec une fierté immense, tenant entre leurs petites mains un objet parfois totalement improbable, que leur mère allait recevoir avec des larmes dans les yeux et exposer sur le buffet du salon pendant des années.

Sauf que certains de ces cadeaux, avec le recul et les yeux d’aujourd’hui, laissent franchement perplexe.

Le cendrier en terre cuite : le cadeau roi des années 70 et 80

Commençons par le grand classique, l’incontournable, celui qui symbolise à lui seul toute une époque : le cendrier en argile fabriqué à l’école. Des générations entières d’enfants ont passé des heures à modeler ce petit objet en terre cuite, à le peindre de couleurs vives, à y graver maladroitement le mot « MAMAN » ou à y coller des petits cailloux pour faire joli. Et le jour de la fête des mères, ils le tendaient avec un sourire jusqu’aux oreilles à leur maman.

Ce qui rend ce souvenir particulièrement savoureux aujourd’hui, c’est le contexte. L’école primaire, donc des enfants de 6 à 10 ans, fabriquait des cendriers. Pour offrir à leur mère. Comme si fumer était une évidence, un détail du quotidien qui ne méritait même pas réflexion. Et dans les années 70-80, c’était effectivement le cas. La cigarette faisait partie du paysage domestique, les adultes fumaient à table, dans la voiture, partout. Personne ne trouvait à redire à ce qu’un instituteur propose comme projet artistique de confectionner un cendrier.

Imaginez la scène aujourd’hui. Un enseignant qui dirait à ses élèves de CP : « Bon les enfants, pour la fête des mères, on va faire un beau cendrier en argile. » Il serait convoqué par le directeur avant même la fin de la journée. Les groupes de parents d’élèves s’enflamment sur les réseaux sociaux pour bien moins que ça.

Le porte-savon, le sous-verre et autres objets ménagers du dimanche

Le cendrier n’était pas seul dans cette catégorie des cadeaux qui font sourire. Le porte-savon en céramique était lui aussi un grand favori des ateliers manuels. Même logique : on modèle, on cuit, on peint, on offre. Et la maman souriait, sincèrement touchée, avant d’aller le poser dans la salle de bain à côté du vrai porte-savon qui, lui, fonctionnait correctement.

Il y avait aussi le sous-verre en macramé, ces petits ronds tressés avec du raphia ou de la laine, censés protéger la table basse des marques de verre. Techniquement, ils ne protégeaient pas grand-chose. Esthétiquement, c’était… discutable. Mais émotionnellement, c’était parfait. La maman les gardait précieusement, souvent bien après qu’ils se soient effilochés.

Dans le même registre, on trouvait le pot à crayons en boîte de conserve recouverte de ficelle, le vide-poche en plâtre coulé dans un moule en plastique, ou encore le cadre photo bricolé avec des bâtonnets de glace. Des objets qui avaient tous en commun d’être fabriqués avec peu de moyens et beaucoup de cœur, et qui envahissaient les buffets et les étagères des maisons françaises chaque deuxième dimanche de mai.

Les fleurs en papier crépon : un classique indémodable mais chronophage

Les fleurs en papier crépon méritent leur propre paragraphe. Pendant des décennies, des millions d’enfants ont découpé, froissé, roulé et assemblé du papier crépon pour créer des bouquets de roses, de marguerites ou d’œillets artificiels. Certains s’en sortaient plutôt bien. D’autres rendaient quelque chose qui ressemblait davantage à un tas de chiffons colorés qu’à un bouquet.

Ce qui est remarquable avec ce cadeau, c’est la durabilité. Contrairement aux vraies fleurs qui fanent en une semaine, les fleurs en papier crépon pouvaient tenir… des années. Certaines mamans les gardaient dans un vase au salon pendant si longtemps qu’elles finissaient par se décolorer complètement. Mais hors de question de les jeter. Ces fleurs avaient une valeur sentimentale inversement proportionnelle à leur valeur esthétique.

Le tablier de cuisine brodé à la main : la maman cantonnée aux fourneaux

Voilà un cadeau qui dit beaucoup sur son époque. Le tablier de cuisine brodé, confectionné en cours de travaux manuels, était un grand classique des années 60 et 70. Les filles surtout, mais parfois aussi les garçons, apprenaient à broder quelques motifs simples sur un tissu blanc ou à carreaux, qu’on transformait ensuite en tablier.

Avec le prisme d’aujourd’hui, ce cadeau concentre à lui seul toute une vision de la femme et du rôle maternel de l’époque. Offrir un tablier à sa mère pour lui dire « je t’aime », c’est aussi, sans le formuler ainsi, lui dire « ta place est dans la cuisine ». Personne n’y pensait en ces termes à l’époque, ni les enfants bien sûr, ni même les enseignants qui proposaient ce projet. C’était simplement le reflet naturel d’une société où les rôles étaient distribués d’une certaine façon.

Aujourd’hui, offrir un tablier à sa mère pour la fête des mères déclencherait probablement une discussion animée à table.

Le dessin encadré et la poésie recopiée : les cadeaux immatériels qui valaient de l’or

Tous les cadeaux de la fête des mères n’étaient pas des objets. Il y avait aussi le dessin de famille, ce portrait où papa ressemblait à un bonhomme allumette légèrement plus grand que le chien, et où maman était représentée avec une robe jaune et des cheveux rouges, même quand elle était brune. Ces dessins-là, les mamans les ont gardés dans des tiroirs pendant des décennies. Certaines les ont encore.

Il y avait aussi la poésie recopiée à la main, souvent choisie par l’institutrice, que l’enfant avait passé des heures à copier proprement sur une feuille Canson, en essayant de ne pas faire de ratures. Parfois illustrée d’un dessin dans la marge. Parfois décorée de petits autocollants. Toujours précieuse.

Ces cadeaux-là n’ont pas vieilli. Ils n’ont pas de problème éthique, pas de connotation dérangeante. Ils sont juste beaux et touchants, hier comme aujourd’hui.

Pourquoi ces cadeaux nous manquent malgré tout

Il serait facile de se moquer de ces cadeaux d’époque. Le cendrier offert par un enfant de 7 ans, le tablier brodé, le porte-savon bancal… Vus avec nos lunettes actuelles, ils prêtent à sourire, voire à l’incrédulité. Mais il y a quelque chose dans tout ça qui mérite qu’on s’y arrête un instant.

Ces cadeaux étaient entièrement fabriqués à la main. Pas achetés en ligne, pas commandés en deux clics, pas emballés dans du papier kraft avec un ruban de satin. Ils étaient imparfaits, parfois inutiles, souvent maladroits. Mais chaque rayure dans l’argile, chaque point de broderie un peu de travers, chaque pétale de papier crépon froissé racontait quelque chose. Ils racontaient le temps passé, la concentration d’un enfant, l’envie sincère de faire plaisir.

Aujourd’hui, les enfants offrent à leurs mamans des bons cadeaux, des spa, des parfums, des bijoux choisis avec l’aide de papa. C’est bien, c’est souvent plus utile, et ça fait plaisir. Mais est-ce qu’une maman pleure en recevant un bon pour un soin du visage comme elle pleurait en recevant un cendrier en terre cuite tout cabossé sur lequel son fils de 8 ans avait gravé « pour ma maman chérie » ? Ce n’est pas sûr.

Ces objets sont devenus des pièces de collection sentimentales

Beaucoup de ces cadeaux ont survécu à des déménagements, des rénovations, des grands ménages. Ils ont traversé les décennies au fond d’un carton, dans une boîte à chaussures rangée sous le lit, ou sur une étagère de garage. Les mamans qui les ont reçus savent exactement de quelle année datait chaque objet, quel enfant l’avait fabriqué, dans quelle école.

Certains de ces cendriers en terre cuite sont devenus des vide-poches, des pots à crayons, des petits bacs à clés. Ils ont changé de fonction mais pas de place dans le cœur. D’autres ont rejoint les brocantes et les vide-greniers, où ils se retrouvent parfois, étiquetés à 50 centimes, sans que personne ne sache vraiment l’histoire qu’ils portent.

Ce qui est certain, c’est que ces objets racontent une époque avec une précision que n’aurait pas un livre d’histoire. Ils parlent de ce qu’on enseignait aux enfants, de ce qu’on attendait des femmes, de ce qui était normal ou acceptable dans une société donnée. Le cendrier en argile de 1978 en dit plus long sur son époque que bien des documents officiels.

Et si on demandait à nos mères ce qu’elles ont préféré recevoir dans leur vie pour la fête des mères, entre le parfum de luxe offert l’année dernière et le petit pot en terre cuite rapporté de l’école en 1983, la réponse ne ferait probablement aucun doute.

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