Les hérissons souffrent aussi de la chaleur : cette vieille astuce de jardin mérite d’être redécouverte

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Il y a des gestes simples que nos grands-parents faisaient naturellement, sans vraiment les expliquer, transmis de génération en génération comme une évidence.

Poser une vieille assiette creuse ou une coupelle remplie d’eau fraîche au pied de la haie du jardin en été en faisait partie. Pas par superstition, pas par hasard.

Parce qu’ils savaient, eux, que le jardin était habité.

Que derrière les feuilles mortes, sous les ronces et au creux des racines, vivait un petit animal discret qui rendait de précieux services.

Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est aujourd’hui une espèce en fort déclin.

En France, les populations ont chuté de manière alarmante ces dernières décennies, sous l’effet combiné de la destruction des haies, de l’usage massif des pesticides et de la circulation automobile.

Et pourtant, un simple récipient d’eau posé au bon endroit peut faire une vraie différence pour lui pendant les périodes de canicule.

Le hérisson, un animal bien plus vulnérable qu’il n’y paraît

On a tendance à imaginer le hérisson comme un animal robuste, bien protégé par ses quelque 5 000 à 7 000 piquants. Cette armure naturelle le met effectivement à l’abri de nombreux prédateurs, mais elle ne le protège absolument pas des effets de la chaleur et de la déshydratation. Le hérisson est un animal nocturne qui passe ses journées caché dans un abri frais, sous une haie, dans un tas de feuilles ou au creux d’une souche. La nuit venue, il part en quête de nourriture et parcourt parfois plusieurs kilomètres en une seule sortie.

En période de fortes chaleurs estivales, ce mode de vie devient un vrai problème. Les sols se dessèchent, les insectes se font plus rares en surface, et surtout, les points d’eau naturels disparaissent. Les mares s’assèchent, les ruisseaux se réduisent à un filet d’eau, et les rosées matinales ne suffisent plus à compenser les pertes hydriques de l’animal. Un hérisson adulte a besoin de boire régulièrement pour survivre. Sans accès à l’eau, il peut mourir de déshydratation en quelques jours seulement, surtout si les températures nocturnes restent élevées.

Les jeunes hérissons nés en été sont encore plus exposés. Une portée de hérissons naît généralement entre juin et août. Les petits, appelés hoglets dans les pays anglophones, quittent le nid vers l’âge de six semaines. Ils doivent alors apprendre à se débrouiller seuls dans un environnement qui peut se révéler particulièrement hostile en plein mois d’août.

Pourquoi la haie est l’endroit idéal pour placer le récipient

Nos anciens ne choisissaient pas n’importe quel endroit pour poser leur coupelle d’eau. La haie, en particulier, était l’emplacement privilégié, et ce choix n’avait rien d’arbitraire. La haie bocagère est l’habitat de prédilection du hérisson. C’est là qu’il dort, qu’il se reproduit, qu’il trouve une grande partie de sa nourriture, et qu’il se déplace en suivant des couloirs naturels qu’il emprunte nuit après nuit.

Placer un récipient d’eau au pied d’une haie, c’est donc le mettre exactement là où le hérisson va passer. Pas besoin de l’attirer, pas besoin de le chercher. Il suit ses propres routes, et si l’eau se trouve sur son chemin, il s’arrêtera pour boire. C’est aussi simple que cela. La haie offre en plus un couvert végétal qui maintient une légère fraîcheur à proximité du sol, ce qui ralentit l’évaporation de l’eau dans le récipient.

Un autre avantage de cet emplacement est qu’il éloigne le point d’eau des zones trop fréquentées par les humains ou les animaux domestiques. Un chien ou un chat qui tourne autour du récipient suffira à dissuader le hérisson de s’en approcher. La discrétion de l’emplacement est donc essentielle.

Quel récipient utiliser et comment bien s’en occuper

La question du récipient est plus importante qu’on ne le croit. Nos grands-parents utilisaient ce qu’ils avaient sous la main : une vieille assiette creuse en terre cuite, un plat en faïence ébréché, une coupelle récupérée. Ces matériaux avaient l’avantage d’être lourds, stables, et de garder l’eau légèrement plus fraîche que le plastique exposé à la chaleur.

Voici les critères à respecter pour que le récipient soit réellement utile au hérisson :

  • Une faible hauteur de bord : le hérisson doit pouvoir accéder à l’eau sans effort. Un récipient trop haut ou trop profond peut se transformer en piège mortel si l’animal tombe dedans et ne peut plus en sortir.
  • Une surface d’eau suffisante : une assiette creuse d’une vingtaine de centimètres de diamètre convient parfaitement.
  • De la stabilité : un récipient qui se renverse au moindre contact ne servira à rien. La terre cuite ou la céramique sont idéales.
  • Une sortie de secours : si vous utilisez un récipient un peu plus profond, placez une petite pierre ou un morceau de bois à l’intérieur pour permettre à l’animal de prendre appui et de sortir s’il venait à tomber dedans.

L’entretien du récipient est tout aussi important. En pleine canicule, l’eau stagne rapidement et devient un terrain fertile pour les bactéries et les larves de moustiques. Il faut rincer et remplir le récipient tous les jours, ou tous les deux jours au minimum. Un récipient sale peut rendre l’animal malade au lieu de l’aider. Évitez d’ajouter quoi que ce soit dans l’eau : ni sel, ni sucre, ni lait. Le lait en particulier est souvent cité à tort comme une bonne idée pour nourrir les hérissons. C’est faux. Les hérissons sont intolérants au lactose et le lait peut provoquer des diarrhées sévères, voire la mort.

Ce que les hérissons font pour votre jardin

Aider le hérisson à survivre à l’été, c’est aussi un investissement pour votre jardin. Ce petit mammifère insectivore est l’un des auxiliaires naturels les plus efficaces qui soit. En une seule nuit de chasse, un hérisson adulte peut consommer entre 100 et 200 grammes d’insectes, de limaces, de vers et de larves diverses. Il s’attaque notamment aux limaces et aux escargots qui ravagent les potagers, mais aussi aux larves de hannetons qui s’en prennent aux racines des plantes.

Un hérisson qui s’installe durablement dans un jardin, c’est une réduction significative de la pression exercée par ces ravageurs, sans aucun produit chimique, sans aucun effort particulier de votre part. Les jardiniers qui ont la chance d’avoir un hérisson chez eux le savent : les dégâts sur les salades et les fraises diminuent nettement dès que l’animal fait sa tournée régulière.

C’est peut-être pour cette raison que les anciens prenaient soin de ces animaux avec autant de naturel. Ils avaient compris, par l’observation et l’expérience, que le hérisson était un allié précieux. Lui fournir de l’eau en été, c’était s’assurer de sa présence et de ses services tout au long de la belle saison.

D’autres gestes simples pour aider les hérissons en été

Le récipient d’eau est le geste le plus simple et le plus immédiatement utile, mais il peut s’inscrire dans une démarche plus globale pour accueillir les hérissons dans votre jardin.

Laisser un passage sous la clôture

Le hérisson parcourt de grandes distances chaque nuit. Les clôtures modernes, hermétiques au ras du sol, constituent l’un des principaux obstacles à ses déplacements. Un simple passage de 13 centimètres sur 13 centimètres découpé dans le bas d’une clôture suffit à lui permettre de circuler librement entre les jardins. C’est ce qu’on appelle le hedgehog highway, ou autoroute à hérissons, un concept né au Royaume-Uni et qui se développe progressivement en France.

Renoncer aux pesticides et aux granulés anti-limaces

Les granulés à base de métaldéhyde, utilisés contre les limaces, sont particulièrement dangereux pour les hérissons. Ils les empoisonnent directement lorsqu’ils ingèrent les granulés, ou indirectement lorsqu’ils mangent des limaces qui en ont absorbé. Des alternatives naturelles existent, comme les granulés à base de phosphate de fer, qui sont sans danger pour la faune sauvage.

Conserver des zones de végétation naturelle

Un jardin trop propre, trop entretenu, ne convient pas au hérisson. Il a besoin de zones de végétation dense, de tas de feuilles mortes, de vieux bois, d’herbes hautes où il peut se cacher et trouver sa nourriture. Laisser un coin de jardin en friche n’est pas un manque de soin, c’est un acte délibéré en faveur de la biodiversité.

Faire attention lors des travaux de jardinage

Les débroussailleuses et les tondeuses sont responsables de nombreuses blessures et morts de hérissons chaque année. Avant de tondre ou de débroussailler, surtout dans les zones proches des haies et des tas de végétation, prenez le temps de vérifier qu’aucun animal ne s’y est réfugié. En été, les jeunes hérissons qui ne connaissent pas encore bien le danger sont particulièrement exposés.

Un geste transmis, un geste à retransmettre

Il y a quelque chose de beau dans l’idée que ce geste simple, poser une coupelle d’eau au pied d’une haie, traverse le temps. Nos grands-parents le faisaient sans y attacher d’étiquette particulière, sans parler de biodiversité ou d’écologie. Ils le faisaient parce que c’était naturel, parce que le jardin était un espace partagé avec d’autres vivants, et qu’on prenait soin de ces vivants comme on prenait soin du reste.

Aujourd’hui, alors que les populations de hérissons continuent de reculer partout en Europe, ce geste ancestral prend une dimension nouvelle. Il ne s’agit plus seulement d’un réflexe de bon voisinage avec la faune sauvage. Il s’agit d’un acte concret de soutien à une espèce qui en a besoin. Et si chaque jardin, chaque balcon avec quelques plantes, chaque cour d’école ou espace vert municipal posait un simple récipient d’eau à l’ombre d’une haie cet été, l’impact collectif serait loin d’être négligeable.

Le hérisson n’a pas besoin de grand chose pour survivre à la canicule. Il a besoin d’eau. Et vous, vous avez besoin de lui.

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