Fini le gazon en Provence : ce couvre-sol résiste aux fortes chaleurs et éloigne naturellement les chenilles processionnaires

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L’été dernier, dans un jardin de la région de Manosque, les voisins arrosaient leur pelouse deux fois par jour pour la maintenir à peu près verte.

En face, un carré de thym rampant et de sarriette couvre-sol avait traversé juillet et août sans une goutte d’eau supplémentaire, d’un vert soutenu, fleuri, et sans la moindre trace de processionnaires sur les pins alentour. Ce n’est pas un hasard.

En Provence, les conditions climatiques — sol calcaire, sécheresse estivale prolongée, températures régulièrement au-dessus de 35°C — rendent la pelouse traditionnelle non seulement difficile à entretenir, mais franchement absurde sur le plan écologique.

Les alternatives existent, elles poussent ici depuis des millénaires, et certaines ont des propriétés que peu de jardiniers connaissent vraiment.

Le gazon en climat méditerranéen : un combat perdu d’avance

Il faut être honnête sur ce point. Le gazon classique — qu’il soit composé de ray-grass, de fétuque ou de pâturin — a été sélectionné pour des climats tempérés et humides. En Île-de-France ou en Bretagne, il pousse sans effort particulier. En Provence, c’est une autre histoire. Dès que les températures dépassent 30°C pendant plusieurs jours consécutifs, les graminées entrent en dormance, jaunissent, et finissent par mourir si l’irrigation est insuffisante.

Les besoins en eau d’une pelouse classique en région méditerranéenne sont estimés entre 600 et 900 litres par mètre carré et par an, selon les données de l’INRAE. Dans un contexte où les restrictions d’eau en été deviennent de plus en plus fréquentes dans les Bouches-du-Rhône, le Var ou le Vaucluse, maintenir un gazon vert relève presque de la provocation. Sans compter la tonte hebdomadaire, les apports d’engrais pour compenser un sol souvent pauvre en matière organique, et les traitements fongicides contre les maladies favorisées par l’humidité artificielle créée par l’arrosage.

Le sol calcaire provençal aggrave encore la situation. Son pH élevé — souvent entre 7,5 et 8,5 — entraîne des carences en fer et en manganèse chez les graminées, provoquant des jaunissements chroniques même avec un arrosage régulier. Les jardiniers qui persistent finissent par dépenser en amendements ce qu’ils auraient pu économiser en choisissant simplement des plantes adaptées à leur territoire.

Le thym serpolet et la sarriette rampante : deux couvre-sols taillés pour la Provence

Le thym serpolet (Thymus serpyllum) et la sarriette rampante (Satureja spicigera, parfois appelée Satureja repanda) sont deux plantes de la famille des Lamiacées qui partagent plusieurs caractéristiques fondamentales : elles sont basses, couvrent rapidement le sol, supportent la chaleur et la sécheresse extrêmes, et prospèrent dans les sols calcaires et bien drainés. Ce sont précisément les conditions que l’on trouve dans la majorité des jardins provençaux.

Le thym serpolet, une plante indestructible sur sol calcaire

Le Thymus serpyllum est une espèce rampante qui ne dépasse généralement pas 5 à 10 centimètres de hauteur. Il forme un tapis dense, fleuri en juin-juillet de petites fleurs roses à mauves très mellifères, et reste vert toute l’année dans les régions où le gel reste modéré. Sa résistance à la sécheresse est exceptionnelle : une fois installé — ce qui prend environ une saison — il n’a besoin d’aucun arrosage supplémentaire en dehors des pluies naturelles, même en plein été méditerranéen.

Sa tolérance au calcaire est totale. Contrairement au gazon qui souffre au-delà d’un pH de 7, le thym serpolet se plaît dans les sols caillouteux, pauvres, bien drainés, exactement ceux que l’on trouve en garrigue ou sur les versants ensoleillés des collines provençales. Il supporte un piétinement modéré, ce qui en fait un couvre-sol fonctionnel pour les allées peu fréquentées ou les espaces entre les dalles d’une terrasse.

La sarriette rampante, moins connue mais tout aussi efficace

La sarriette rampante est moins connue du grand public que le thym, mais elle mérite largement sa place dans les jardins secs. Originaire du Caucase et des régions méditerranéennes orientales, elle s’est parfaitement acclimatée aux conditions provençales. Elle forme elle aussi un tapis dense et bas, avec de petites feuilles aromatiques très odorantes et des fleurs blanches à légèrement rosées en été.

Sa croissance est un peu plus rapide que celle du thym serpolet, ce qui lui permet de couvrir le sol plus rapidement après la plantation. Elle est très résistante aux sols pauvres et calcaires, et ne demande aucune fertilisation. Comme le thym, elle n’a besoin d’aucune tonte — tout au plus un léger passage de cisailles en fin d’hiver pour maintenir un port compact et favoriser la repousse printanière.

L’effet répulsif sur les chenilles processionnaires : un fait documenté

C’est probablement la propriété la plus surprenante de ces deux plantes, et la moins connue. Les chenilles processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa) sont un problème majeur dans les jardins provençaux. Leurs poils urticants représentent un danger réel pour les enfants, les animaux domestiques et les adultes. Et leur présence dans les pins du jardin est une source d’inquiétude légitime pour de nombreux propriétaires.

Or, plusieurs études menées sur l’effet répulsif des huiles essentielles de plantes aromatiques sur les insectes nuisibles ont montré que les composés volatils contenus dans le thym — principalement le thymol et le carvacrol — ont une action répulsive documentée sur différentes espèces d’insectes et de lépidoptères. Ces molécules perturbent le système olfactif des insectes et interfèrent avec leur comportement de ponte et de déplacement.

Une recherche publiée dans le Journal of Pest Science a mis en évidence que les extraits de thym à base de thymol exercent une action répulsive significative sur plusieurs espèces d’insectes ravageurs. Dans le cas des processionnaires, dont les papillons femelles cherchent des pins pour pondre en été, la présence d’une forte concentration d’odeurs de thym et de sarriette dans l’environnement immédiat perturbe leur orientation olfactive.

La sarriette contient pour sa part du carvacrol et de la p-cymène, deux composés terpéniques aux propriétés répulsives bien documentées. Ce n’est pas une solution miracle qui garantit zéro processionnaire, mais les jardiniers qui ont remplacé leur gazon par ces couvre-sols témoignent régulièrement d’une diminution notable des nids dans les pins bordant leurs parcelles.

L’explication est simple : les papillons adultes de Thaumetopoea pityocampa volent en été pour se reproduire et choisissent leurs arbres-hôtes en partie par des signaux olfactifs. Un environnement saturé d’huiles essentielles de Lamiacées brouille ces signaux. Ce n’est pas une barrière physique, c’est une barrière chimique naturelle, permanente, et qui se renouvelle à chaque chaleur estivale — précisément quand les huiles essentielles s’évaporent le plus.

Comment planter et installer un couvre-sol aromatique en Provence

Préparer le sol sans l’amender à l’excès

C’est une erreur classique : vouloir enrichir le sol avant de planter du thym ou de la sarriette. Ces plantes n’ont pas besoin d’un sol riche. Au contraire, un sol trop fertile favorise une croissance excessive et molle, moins résistante à la sécheresse et plus sensible aux maladies. La seule préparation nécessaire est un désherbage soigneux et, si le sol est très compact, un léger griffage en surface pour améliorer le drainage.

Si le terrain est argileux et retient trop l’eau, l’ajout d’un peu de gravier calcaire ou de sable grossier en surface peut aider. Mais dans la plupart des jardins provençaux, le sol naturel convient parfaitement tel quel.

Planter au bon moment

La plantation au printemps, entre mars et mai, est idéale. Elle permet aux plants de s’établir avant les grandes chaleurs estivales. Une plantation en septembre-octobre est possible et même conseillée dans les zones où les étés sont particulièrement secs : les plantes profitent alors des pluies automnales pour développer leur système racinaire.

Pour couvrir un mètre carré, comptez entre 4 et 6 plants de thym serpolet ou de sarriette rampante, espacés de 30 à 40 centimètres. La couverture complète du sol est généralement obtenue en une à deux saisons.

Les premiers mois : le seul moment où l’arrosage est utile

Pendant les six à huit premières semaines suivant la plantation, un arrosage hebdomadaire est conseillé pour aider les plants à s’enraciner. Passé ce délai, et une fois que les racines ont atteint la couche de sol plus fraîche en profondeur, ces plantes n’ont plus besoin d’intervention humaine pour survivre aux étés provençaux. C’est précisément leur force.

Entretien zéro ou presque : ce que ça change concrètement

Remplacer une pelouse de 50 mètres carrés par un couvre-sol aromatique, c’est éliminer d’un coup la tonte bimensuelle, l’arrosage quotidien en juillet-août, les apports d’engrais de printemps, les traitements contre les mauvaises herbes, et les replantations après chaque été trop sec. En termes de temps, c’est plusieurs dizaines d’heures par an économisées. En termes d’eau, c’est une économie qui peut dépasser 30 000 litres par an pour une surface de 50 mètres carrés, selon les estimations de consommation d’une pelouse classique en zone méditerranéenne.

Le seul entretien réel consiste en un passage de cisailles ou de taille-haie en fin d’hiver — février ou début mars — pour rajeunir les touffes et stimuler la repousse. Certains jardiniers ne font même pas cela et laissent les plantes évoluer librement, avec un résultat naturel et sauvage qui s’intègre parfaitement dans un jardin de garrigue.

Associer d’autres plantes pour un résultat encore plus efficace

Le thym serpolet et la sarriette rampante se marient très bien avec d’autres couvre-sols méditerranéens. La lavande naine (Lavandula angustifolia ‘Hidcote’), l’origan compact, ou encore la camomille romaine (Chamaemelum nobile) peuvent être intégrés pour diversifier les textures, les périodes de floraison et renforcer l’effet répulsif global grâce à une palette aromatique plus large.

Cette diversité végétale a un autre avantage : elle attire une grande variété de pollinisateurs. Un jardin provençal couvert de ces plantes en été bourdonne littéralement d’abeilles, de bourdons et de papillons diurnes — une vie que le gazon, même parfaitement entretenu, ne peut pas offrir.

Dans les jardins où des pins méditerranéens côtoient ces couvre-sols aromatiques, l’effet combiné sur la pression des processionnaires est souvent remarquable dès la deuxième ou troisième année. Pas une éradication totale — aucune plante ne peut prétendre à cela — mais une réduction sensible et durable, sans produit chimique, sans pièges à poser et à vider, et sans risque pour les enfants ou les animaux. C’est peut-être la meilleure définition d’un jardin provençal intelligent : laisser les plantes du territoire faire le travail à votre place.

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Rédacteur du site Economie News spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.

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