On m’avait dit d’enlever les fleurs de mes fraisiers… j’aurais dû le faire dès le départ

0
Afficher Masquer le sommaire

Quand j’ai planté mes premiers fraisiers au printemps dernier, ma voisine m’a donné un conseil qui m’a semblé contre-intuitif : « Enlève toutes les fleurs la première année ! » J’ai hoché la tête poliment, mais intérieurement, je me disais qu’elle exagérait.

Après tout, pourquoi planter des fraisiers si ce n’est pas pour avoir des fraises ?

Cette erreur de débutant m’a coûté une saison entière de production décevante.

Aujourd’hui, après avoir expérimenté les deux approches, je comprends enfin pourquoi cette pratique ancestrale reste un pilier de la culture des fraisiers.

L’effeuillage des fleurs sur les jeunes plants n’est pas une lubie de jardinier expérimenté, mais une technique éprouvée qui permet d’obtenir des plants plus robustes et une production future plus généreuse. Cette méthode, appelée suppression des fleurs ou pinçage floral, influence directement la vigueur du système racinaire et la capacité de la plante à survivre aux conditions difficiles.

Pourquoi supprimer les fleurs des fraisiers : la science derrière cette pratique

La logique derrière cette technique repose sur un principe fondamental de physiologie végétale : l’allocation des ressources. Quand un fraisier produit des fleurs puis des fruits, il mobilise une quantité considérable d’énergie pour cette reproduction. Cette énergie provient directement des réserves que la plante aurait normalement utilisées pour développer son système racinaire et ses stolons.

Un fraisier qui fleurit dès sa première année concentre ses efforts sur la production immédiate plutôt que sur son établissement à long terme. Le résultat ? Des plants affaiblis, des racines superficielles et une production future compromise. Les fraisiers remontants comme la variété ‘Mara des Bois’ sont particulièrement concernés par cette problématique, car ils ont tendance à fleurir continuellement.

L’impact sur le système racinaire

Le système racinaire des fraisiers se développe principalement durant les premiers mois suivant la plantation. En supprimant les fleurs, on permet à la plante de concentrer toute son énergie sur l’enracinement. Des études menées par l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) ont démontré que les plants dont les fleurs ont été supprimées la première année développent un système racinaire 40% plus étendu que ceux laissés en floraison libre.

Cette différence se traduit par une meilleure résistance à la sécheresse, une absorption plus efficace des nutriments et une capacité accrue à survivre aux hivers rigoureux. Les racines plus profondes permettent aux plants de puiser dans les réserves d’eau du sol pendant les périodes sèches estivales.

Quand et comment procéder à la suppression des fleurs

La période optimale pour supprimer les fleurs s’étend de la plantation jusqu’à la fin de l’été de la première année. Cette pratique concerne principalement les plants installés au printemps, mais elle peut aussi s’appliquer aux plantations d’automne selon les conditions climatiques locales.

La technique de suppression

La suppression des fleurs doit être réalisée avec précaution pour éviter d’endommager le plant. Voici la méthode recommandée :

  • Utilisez des ciseaux propres ou pincez délicatement avec les doigts
  • Coupez la hampe florale à sa base, près du collet de la plante
  • Intervenez dès l’apparition des boutons floraux, avant l’épanouissement complet
  • Répétez l’opération régulièrement car les fraisiers remontants produisent des fleurs en continu

Cette intervention doit être effectuée par temps sec pour limiter les risques de maladies fongiques. Les plaies de coupe cicatrisent plus rapidement dans ces conditions et les spores pathogènes ont moins de chances de s’installer.

Exceptions et cas particuliers

Certaines situations permettent de déroger à cette règle générale. Les fraisiers des quatre saisons plantés très tôt au printemps dans des conditions optimales peuvent parfois supporter une production limitée dès la première année. De même, les plants issus de division de touffes établies possèdent déjà un système racinaire développé qui leur permet de supporter une floraison précoce.

Les bénéfices observés après une saison complète

Après avoir appliqué cette technique sur une partie de mes fraisiers tout en laissant d’autres plants fleurir naturellement, les différences sont frappantes. Les plants dont j’ai supprimé les fleurs présentent plusieurs avantages notables :

Production accrue la deuxième année

Les fraisiers qui n’ont pas fleuri la première année ont produit 60% de fruits en plus lors de leur deuxième saison. Cette augmentation s’explique par le développement d’un plus grand nombre de couronnes, chacune capable de produire plusieurs hampes florales. La variété ‘Gariguette’, particulièrement appréciée pour sa précocité, a montré des résultats spectaculaires avec cette méthode.

Qualité gustative supérieure

Les fruits produits par les plants « reposés » présentent une concentration en sucres plus élevée et une texture plus ferme. Cette amélioration qualitative résulte d’un meilleur équilibre nutritionnel de la plante, capable de nourrir correctement ses fruits grâce à un système racinaire développé.

Résistance aux maladies

Les plants vigoureux résistent mieux aux principales maladies des fraisiers comme l’oïdium, la pourriture grise (Botrytis cinerea) et les taches foliaires. Cette résistance accrue limite le recours aux traitements phytosanitaires et favorise une production plus respectueuse de l’environnement.

Gestion des stolons et multiplication naturelle

En parallèle de la suppression des fleurs, la gestion des stolons mérite une attention particulière. Ces tiges rampantes permettent la multiplication naturelle des fraisiers, mais leur développement consomme de l’énergie. Durant la première année, il est recommandé de conserver quelques stolons bien placés pour renouveler la plantation tout en supprimant les excédentaires.

Cette sélection permet d’obtenir des plants-filles vigoureux qui bénéficieront des mêmes avantages que le plant-mère. Les stolons conservés doivent être guidés vers des emplacements appropriés et maintenus en contact avec le sol humide pour favoriser leur enracinement.

Adaptation selon les variétés de fraisiers

Toutes les variétés de fraisiers ne réagissent pas de la même manière à la suppression des fleurs. Cette technique s’avère particulièrement bénéfique pour :

Les variétés remontantes

Les fraisiers remontants comme ‘Charlotte’, ‘Cijosée’ ou ‘Maestro’ produisent des fleurs de mai jusqu’aux gelées. Pour ces variétés, la suppression des fleurs durant les quatre premiers mois permet d’obtenir une production automnale abondante et de qualité.

Les variétés non-remontantes

Les fraisiers non-remontants ou unifères comme ‘Gariguette’, ‘Ciflorette’ ou ‘Darselect’ concentrent leur floraison sur une période courte au printemps. La suppression des fleurs la première année permet d’obtenir une production exceptionnelle l’année suivante, souvent supérieure à celle de plants ayant produit dès la première saison.

Erreurs courantes et solutions

Plusieurs erreurs peuvent compromettre l’efficacité de cette technique. La suppression partielle des fleurs représente l’écueil le plus fréquent. Laisser quelques fleurs « pour voir » annule en grande partie les bénéfices de la méthode, car la plante continue à mobiliser ses ressources pour la production fruitière.

L’arrêt prématuré de la suppression constitue une autre erreur classique. Les fraisiers remontants continuent à fleurir jusqu’en automne, et relâcher la surveillance en été compromet les résultats. Une vigilance constante s’impose durant toute la première saison de végétation.

Compensation nutritionnelle

La suppression des fleurs doit s’accompagner d’un programme nutritionnel adapté. Les plants privés de leur fonction reproductrice ont des besoins nutritionnels différents, avec une demande accrue en azote pour le développement végétatif et en phosphore pour l’enracinement. Un apport d’engrais équilibré (NPK 10-10-10) toutes les trois semaines optimise les résultats.

Cette pratique, initialement perçue comme un sacrifice, s’avère finalement un investissement rentable à moyen terme. Les fraisiers traités selon cette méthode produisent pendant plusieurs années avec un rendement et une qualité supérieurs, compensant largement l’absence de récolte la première année. Ma voisine avait raison : j’aurais dû l’écouter dès le départ.

5/5 - (3 votes)
Partager cet article

Rédacteur du site Economie News spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies. Il est actuellement Gérant de la société Impact Seo, une agence web basée Aix-En-Provence.

Les commentaires sont fermés.