Les jardiniers la détestent, pourtant cette fleur repousse 90 % des insectes naturellement

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Une guerre silencieuse se joue dans nos jardins.

D’un côté, les jardiniers passionnés qui tentent de préserver leurs plantations.

De l’autre, une armée d’insectes voraces prêts à dévorer le fruit de tant d’efforts.

Face à cette lutte inégale, une alliée inattendue pourrait bien renverser la situation : la tanaisie.

Cette plante aux fleurs jaunes dorées, souvent négligée voire méprisée par certains jardiniers pour son côté envahissant, cache un super-pouvoir méconnu.

Elle repousse naturellement jusqu’à 90% des insectes nuisibles sans produits chimiques.

Un atout considérable à l’heure où les pesticides montrent leurs limites et leurs dangers.

La tanaisie : portrait d’une mal-aimée aux vertus insoupçonnées

La tanaisie commune (Tanacetum vulgare) n’a rien d’une star des jardins ornementaux. Cette vivace de la famille des Astéracées peut atteindre 1,50 mètre de hauteur. Ses feuilles finement découpées et ses petites fleurs jaunes en forme de boutons regroupées en corymbes plats lui donnent une allure rustique qui ne fait pas l’unanimité.

Originaire d’Europe et d’Asie, cette plante robuste s’est naturalisée dans de nombreuses régions tempérées. Elle pousse spontanément le long des chemins, sur les talus et dans les friches. Sa croissance vigoureuse et sa tendance à s’étendre rapidement lui valent souvent d’être considérée comme une « mauvaise herbe » par les jardiniers méticuleux.

Pourtant, nos ancêtres connaissaient bien ses vertus. Au Moyen Âge, la tanaisie était cultivée dans les jardins monastiques pour ses propriétés médicinales et insectifuges. On l’utilisait notamment pour éloigner les parasites des cultures et protéger les denrées stockées.

Un répulsif naturel redoutablement efficace

Le secret de la tanaisie réside dans sa composition chimique. Elle contient des huiles essentielles riches en thuyone, camphre et bornéol, substances qui dégagent une odeur forte et caractéristique. Ce parfum, agréable pour l’homme, est perçu comme une menace par de nombreux insectes ravageurs.

Les insectes que la tanaisie fait fuir

  • Les fourmis : elles évitent systématiquement les zones où pousse la tanaisie
  • Les pucerons : particulièrement sensibles aux composés volatils de la plante
  • Les mouches : y compris la mouche de la carotte et la mouche de l’oignon
  • Les coléoptères : notamment les doryphores qui ravagent les cultures de pommes de terre
  • Les aleurodes ou « mouches blanches » qui s’attaquent aux tomates et autres solanacées
  • Certains papillons dont les chenilles sont destructrices (piérides du chou)

Des études menées par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ont confirmé que la présence de tanaisie dans un potager peut réduire de 80 à 90% la présence d’insectes nuisibles sur les cultures environnantes. Une performance remarquable pour une solution 100% naturelle.

Comment intégrer la tanaisie dans votre jardin

Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire de transformer votre jardin en champ de tanaisie pour profiter de ses bienfaits. Quelques plants stratégiquement placés suffisent à créer une barrière efficace contre les insectes indésirables.

Plantation et culture

La tanaisie se cultive sans difficulté, même pour les jardiniers débutants. Elle s’adapte à presque tous les types de sols, bien qu’elle préfère les terrains bien drainés. Exposition ensoleillée ou mi-ombragée, elle s’accommode des deux situations.

Pour l’introduire dans votre jardin, vous avez plusieurs options :

  1. Le semis : à réaliser au printemps, directement en place. Les graines sont fines et germent en 2 à 3 semaines.
  2. La division de touffe : à l’automne ou au début du printemps, en prélevant des fragments de plants existants.
  3. L’achat de plants : dans les jardineries spécialisées en plantes aromatiques ou médicinales.

Une fois installée, la tanaisie demande peu d’entretien. Elle résiste bien à la sécheresse et ne nécessite pas d’apport d’engrais. Une taille des tiges après la floraison permet de maintenir la plante compacte et d’éviter qu’elle ne devienne envahissante.

Associations stratégiques au potager

Pour maximiser l’effet protecteur de la tanaisie, plantez-la à proximité des cultures particulièrement sensibles aux attaques d’insectes :

Culture à protégerRavageur cibléDisposition recommandée
Pommes de terreDoryphoresUn plant tous les 3 mètres en bordure
Choux et crucifèresPiérides, aleurodesEn intercalaire, un plant pour 4 choux
CarottesMouche de la carotteEn bordure de planche
FruitiersPucerons, fourmisAu pied des arbres

Pierre Durand, maraîcher bio dans le Lot-et-Garonne, témoigne : « Depuis que j’ai introduit la tanaisie dans mes cultures, j’ai réduit de 70% mes traitements contre les pucerons. Même sur mes rosiers qui étaient systématiquement attaqués, je n’ai presque plus de problèmes. »

Préparations à base de tanaisie pour un jardin sans insectes

Outre la plante vivante, vous pouvez utiliser la tanaisie sous différentes formes pour renforcer son action répulsive :

Le purin de tanaisie

Particulièrement efficace contre les pucerons, aleurodes et acariens, le purin de tanaisie se prépare facilement :

  1. Récoltez 1 kg de plantes fraîches (tiges, feuilles et fleurs)
  2. Hachez-les grossièrement
  3. Plongez-les dans 10 litres d’eau de pluie
  4. Laissez macérer pendant une semaine en remuant quotidiennement
  5. Filtrez la préparation
  6. Diluez à 10% (1 volume de purin pour 9 volumes d’eau) avant utilisation

Pulvérisez ce purin sur les plantes attaquées, de préférence le soir pour éviter l’évaporation rapide. Renouvelez l’application après chaque pluie.

Les bouquets secs

Récoltées en pleine floraison et séchées en bottes suspendues tête en bas dans un endroit sec et aéré, les fleurs de tanaisie conservent leurs propriétés répulsives. Ces bouquets secs peuvent être utilisés :

  • Dans les placards et armoires pour éloigner les mites
  • Près des fenêtres pour dissuader les mouches d’entrer
  • Dans le poulailler pour réduire les parasites des volailles
  • Dans le compost pour limiter la prolifération des moucherons

Le paillage protecteur

En fin de saison, les tiges et feuilles de tanaisie coupées peuvent servir de paillage au pied des plantes sensibles. En se décomposant, elles libèrent progressivement leurs substances répulsives tout en enrichissant le sol.

Les précautions à prendre avec la tanaisie

Malgré ses nombreux avantages, la tanaisie n’est pas dénuée d’inconvénients dont il faut être conscient :

Risques pour la santé

La tanaisie contient de la thuyone, une substance potentiellement toxique à forte dose. Il est déconseillé de l’utiliser en usage interne sans avis médical. Les femmes enceintes doivent éviter tout contact avec la plante, car elle peut provoquer des contractions utérines.

Lors de la manipulation de la plante, portez des gants pour éviter d’éventuelles réactions cutanées, surtout si vous avez une peau sensible.

Maîtriser son développement

La tanaisie peut devenir envahissante si on la laisse se ressemer librement. Pour éviter qu’elle ne colonise tout votre jardin :

  • Coupez les fleurs fanées avant la formation des graines
  • Plantez-la dans des zones délimitées ou dans des contenants enterrés
  • Surveillez l’apparition de jeunes plants spontanés et éliminez ceux qui poussent à des endroits indésirables

Marie Leblanc, paysagiste spécialisée en jardins écologiques, conseille : « La tanaisie est un excellent auxiliaire du jardinier, mais comme toute plante vigoureuse, elle demande un minimum de surveillance. Je recommande de la planter dans un grand pot enterré si vous craignez son expansion. »

La tanaisie au cœur du jardin écologique

À l’heure où les préoccupations environnementales guident de plus en plus nos choix de jardinage, la tanaisie trouve naturellement sa place dans une approche écologique du jardin.

En repoussant les insectes nuisibles sans éliminer tous les insectes indistinctement, elle préserve la biodiversité. Les pollinisateurs comme les abeilles et les papillons butinent ses fleurs sans être affectés par ses composés répulsifs, contrairement aux insecticides chimiques qui ne font pas cette distinction.

La tanaisie s’inscrit parfaitement dans la pratique des « jardins-forêts » ou de la permaculture, où chaque plante joue un rôle dans l’écosystème global. Elle illustre le principe selon lequel une « mauvaise herbe » n’est souvent qu’une plante dont on n’a pas encore découvert l’utilité.

Comme le souligne Jean Martin, auteur de « Jardiner avec les plantes compagnes » : « La tanaisie nous rappelle que la nature a prévu des solutions à la plupart des problèmes que nous rencontrons au jardin. Notre rôle de jardinier est simplement de redécouvrir ces savoirs ancestraux et de les mettre en pratique. »

Alors, si vous cherchez une solution naturelle et efficace pour protéger votre jardin des insectes ravageurs, donnez sa chance à cette fleur jaune injustement mal-aimée. Votre potager vous remerciera, et vous pourriez bien changer de regard sur cette plante aux multiples vertus qui mérite amplement sa place dans nos jardins contemporains.

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