Afficher Masquer le sommaire
- Pourquoi l’automne est une période critique pour le hérisson
- Geste n°1 : Laisser un tas de feuilles mortes dans un coin du jardin
- Geste n°2 : Installer ou laisser accessible un abri à hérisson
- Geste n°3 : Lui proposer une alimentation complémentaire
- Geste n°4 : Sécuriser les dangers du jardin
- Les filets et grillages
- Les bassins et piscines
- Les grilles d’évacuation et les regards
- Les produits chimiques
- Geste n°5 : Créer des passages entre les jardins
- Comment reconnaître un hérisson en difficulté
- Le hérisson, un allié précieux pour votre jardin
Chaque automne, le même scénario se répète dans des milliers de jardins français.
Un petit museau pointu fouille les feuilles mortes, une boule de piques traverse la pelouse au crépuscule, et puis plus rien.
Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) disparaît jusqu’au printemps.
Ce que beaucoup de propriétaires de jardins ignorent, c’est que les semaines qui précèdent son hibernation sont absolument décisives pour sa survie.
Un hérisson qui entre en hibernation avec des réserves insuffisantes ne se réveillera pas au printemps.
Les populations de hérissons ont chuté de manière alarmante en Europe ces dernières décennies, notamment à cause de la fragmentation des habitats, des pesticides et des jardins de plus en plus entretenus, hermétiques, sans recoins ni zones sauvages.
Pourtant, quelques gestes concrets, réalisables par n’importe qui, peuvent faire une vraie différence pour cet animal protégé en France depuis 1981.
Pourquoi l’automne est une période critique pour le hérisson
Le hérisson est un mammifère insectivore qui entre en hibernation entre octobre et novembre selon les régions et les conditions climatiques. Avant de s’endormir pour plusieurs mois, il doit impérativement atteindre un poids minimum d’environ 600 grammes, idéalement entre 800 grammes et 1 kilogramme. En dessous de ce seuil, ses réserves de graisse ne lui permettront pas de tenir jusqu’au printemps.
La période automnale est donc une véritable course contre la montre. Le hérisson multiplie ses sorties nocturnes pour se nourrir, parfois sur des distances de plusieurs kilomètres en une seule nuit. Il cherche des insectes, des vers de terre, des limaces, des escargots. Mais avec les premières gelées, ces proies se raréfient rapidement. Les nuits raccourcissent les opportunités de chasse, et les jardins trop propres, trop tondus, trop traités ne lui offrent plus grand-chose.
Les jeunes hérissons nés tard dans la saison, parfois en août ou septembre lors d’une deuxième portée, sont particulièrement vulnérables. Ils ont peu de temps pour grossir suffisamment avant les grands froids. Ce sont eux que l’on retrouve parfois désorientés en plein jour, signe d’une détresse évidente qui nécessite une intervention rapide.
Geste n°1 : Laisser un tas de feuilles mortes dans un coin du jardin
C’est probablement le geste le plus simple et le plus utile que vous puissiez faire. Le hérisson construit son nid d’hibernation avec des feuilles mortes, de la mousse, des brindilles et des herbes sèches. Il cherche un endroit discret, abrité du vent et de l’humidité, pour s’installer pour l’hiver.
Au lieu de ramasser méticuleusement toutes les feuilles tombées, laissez-en un tas conséquent dans un coin peu fréquenté du jardin, de préférence contre une haie, un muret ou sous des arbustes. Un tas d’au moins 50 centimètres de hauteur et bien compact lui offrira une isolation thermique suffisante.
Attention aux précautions indispensables :
- Ne brûlez jamais un tas de feuilles sans l’avoir vérifié au préalable, un hérisson pourrait s’y être installé
- Évitez de le déplacer entre novembre et mars
- Choisissez un emplacement à l’abri des inondations
- Ne le compactez pas trop, le hérisson doit pouvoir s’y glisser facilement
Ce même tas de feuilles sera, au printemps, un refuge pour des insectes utiles, des carabes, des cloportes et d’autres organismes bénéfiques pour votre jardin.
Geste n°2 : Installer ou laisser accessible un abri à hérisson
Si votre jardin manque de recoins naturels, vous pouvez installer une maison à hérisson. Ces abris, disponibles dans les jardineries ou fabriquables soi-même, offrent un refuge sûr et bien isolé pour l’hibernation.
Un abri efficace doit répondre à quelques critères précis :
- Une entrée d’environ 13 centimètres de large pour laisser passer le hérisson mais pas les prédateurs comme le renard
- Un tunnel d’entrée en L ou en chicane pour éviter les courants d’air
- Des parois en bois non traité d’au moins 2 centimètres d’épaisseur
- Un toit imperméable légèrement incliné pour l’évacuation des eaux de pluie
- Des dimensions intérieures d’au moins 30 x 30 centimètres
Placez l’abri dans un endroit calme, à l’ombre en été, orienté au sud ou à l’est, et recouvrez-le de feuilles mortes pour améliorer l’isolation. Garnissez l’intérieur de feuilles sèches et de paille. N’utilisez jamais de foin qui peut moisir et générer des champignons nocifs pour l’animal.
Installez cet abri dès septembre pour que le hérisson ait le temps de le repérer et de l’adopter avant les premiers froids.
Geste n°3 : Lui proposer une alimentation complémentaire
Quand les nuits deviennent fraîches et que les proies naturelles se font rares, un apport alimentaire complémentaire peut littéralement sauver la vie d’un hérisson en déficit de poids. Cette pratique est particulièrement recommandée entre septembre et novembre.
Les aliments adaptés au hérisson sont :
- Les croquettes pour chats (sans céréales de préférence) : elles sont riches en protéines animales et très appréciées
- Les pâtées pour chats ou chiens à base de viande
- Les œufs durs écrasés
- Les vers de farine séchés, vendus en animalerie
En revanche, certains aliments sont formellement déconseillés, voire dangereux :
- Le lait : contrairement à une idée reçue très répandue, les hérissons sont intolérants au lactose. Le lait peut provoquer des diarrhées sévères et déshydrater l’animal
- Le pain : sans valeur nutritive suffisante et potentiellement source de problèmes digestifs
- Les raisins et raisins secs : toxiques
- Les aliments salés ou épicés
Disposez la nourriture dans une assiette creuse, à l’abri de la pluie, et accompagnez-la toujours d’un bol d’eau fraîche. Placez ces éléments dans un endroit discret, accessible uniquement la nuit. Nettoyez les récipients quotidiennement pour éviter la prolifération de bactéries.
Geste n°4 : Sécuriser les dangers du jardin
Le jardin d’automne recèle de nombreux pièges pour le hérisson que l’on ne soupçonne pas toujours. Avant l’hiver, un tour du propriétaire s’impose pour identifier et neutraliser ces dangers.
Les filets et grillages
Les filets à feuilles posés sur les bassins ou les filets anti-limaces sont des pièges mortels pour le hérisson. Ses piques s’y accrochent et l’animal s’épuise à tenter de se dégager jusqu’à mourir d’hypothermie ou d’épuisement. Préférez des filets à mailles très fines ou retirez-les la nuit.
Les bassins et piscines
Le hérisson sait nager, mais il se noie s’il ne peut pas sortir de l’eau. Une rampe d’accès, une simple planche inclinée posée contre la paroi du bassin, peut lui sauver la vie. Cette précaution vaut pour les piscines hors-sol.
Les grilles d’évacuation et les regards
Vérifiez que les regards de votre jardin sont bien couverts. Un hérisson peut y tomber et ne pas pouvoir remonter. Couvrez les trous dans les dalles et les espaces sous les terrasses qui pourraient le piéger.
Les produits chimiques
Abandonnez définitivement les granulés anti-limaces à base de métaldéhyde, interdits en France depuis 2020 mais dont des stocks circulent encore. Les alternatives à base de phosphate ferrique sont moins dangereuses, mais la présence d’un hérisson dans votre jardin est la meilleure solution naturelle contre les limaces. Évitez les pesticides et insecticides qui appauvrissent ses sources de nourriture.
Geste n°5 : Créer des passages entre les jardins
Un hérisson adulte peut parcourir entre 1 et 3 kilomètres par nuit pour trouver de la nourriture. Les jardins clôturés de toutes parts constituent un obstacle majeur à ses déplacements et l’empêchent d’accéder aux ressources dont il a besoin avant l’hibernation.
La solution est simple : créer un passage à hérisson dans votre clôture ou votre mur. Un trou carré d’environ 13 x 13 centimètres suffit pour laisser passer un hérisson adulte tout en restant trop petit pour les lapins ou les chats.
Ce geste prend tout son sens quand plusieurs voisins le font simultanément. Des initiatives comme le programme Hérisson Corridor, porté par des associations naturalistes, encouragent les quartiers entiers à créer ces réseaux de passages pour permettre aux hérissons de circuler librement sur de plus grandes surfaces.
Parlez-en à vos voisins, proposez-leur de faire de même. Un réseau de jardins interconnectés peut constituer un véritable territoire viable pour une population locale de hérissons.
Comment reconnaître un hérisson en difficulté
Même avec toutes les précautions du monde, il arrive que l’on trouve un hérisson qui ne va pas bien. Certains signes doivent alerter :
- Un hérisson actif en plein jour : c’est un animal nocturne, le voir circuler le jour est presque toujours le signe d’un problème grave
- Un animal qui tourne en rond ou qui chancelle
- Un hérisson qui ne se met pas en boule quand on s’approche
- Un animal visiblement très maigre, dont on sent les os de la colonne vertébrale sous les piques
- Des parasites visibles en grande quantité, notamment des mouches ou des asticots
Si vous trouvez un hérisson dans cet état, contactez le Centre de Soins pour la Faune Sauvage le plus proche de chez vous. En France, le réseau Hérisson de France et l’association Hérisson Mâtin disposent d’annuaires de centres de soins agréés. Ne tentez pas de soigner l’animal vous-même, il s’agit d’une espèce protégée et sa prise en charge nécessite des compétences spécifiques.
En attendant le transfert vers un centre de soins, placez l’animal dans une boîte en carton percée de trous, avec une bouillotte enveloppée dans un tissu pour le maintenir au chaud, sans le nourrir ni lui donner à boire si vous n’êtes pas formé à le faire.
Le hérisson, un allié précieux pour votre jardin
Au-delà de la sympathie naturelle qu’inspire ce petit animal, aider le hérisson à passer l’hiver est aussi un investissement pour votre jardin. En une seule nuit, un hérisson adulte peut consommer entre 100 et 200 grammes d’insectes, de limaces et d’escargots. Sur une saison entière, il constitue une aide considérable pour limiter les ravageurs sans aucun produit chimique.
Un jardin qui accueille régulièrement des hérissons est un jardin en bonne santé, suffisamment riche en biodiversité pour nourrir un prédateur insectivore exigeant. C’est un indicateur de qualité écologique que beaucoup de jardiniers naturalistes considèrent comme un véritable trophée.
Les cinq gestes décrits dans cet article ne demandent ni budget important ni compétences particulières. Un tas de feuilles laissé dans un coin, une assiette de croquettes posée le soir, un trou de 13 centimètres dans une palissade : des actes minuscules à l’échelle humaine, mais potentiellement décisifs à l’échelle d’une vie de hérisson. Et si chaque propriétaire de jardin en France adoptait ne serait-ce que deux ou trois de ces pratiques, l’impact sur les populations locales de Erinaceus europaeus serait mesurable et réel.