La biotech Genzyme, valeur refuge de Sanofi

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Activité diabète en déclin, débuts cahotants du nouvel anti-cholestérol Praluent, opportunités d’acquisitions manquées: les déconvenues ne manquent pas chez Sanofi. Mais le géant pharmaceutique français a de quoi se consoler avec sa filiale américaine Genzyme, qui carbure à toute allure.

Sur son site de Framingham, près de Boston (nord-est des Etats-Unis), entre l’autoroute, des lacs et des forêts de conifères, Genzyme fabrique l’un de ses produits phare: le Fabrazyme, contre la maladie rare de Fabry, d’origine génétique.

Quatre immenses bioréacteurs trônent dans une salle stérile, où vernis à ongle et maquillage sont bannis pour les employés.

Dans ces cuves en acier inoxydable se développent lentement des cellules provenant d’ovaires de hamster, génétiquement modifiées au préalable pour être «humanisées» et produire, dans le bain de culture du bioréacteur, l’enzyme spécifique faisant défaut aux malades de Fabry.

Une fois purifiée, la potion vaudra de l’or. Aux Etats-Unis, le coût annuel d’un traitement dans les maladies rares coûte fréquemment plusieurs centaines de milliers de dollars par patient.

«Plus une maladie est rare, plus le prix de son traitement doit être élevé», pour permettre un modèle d’activité économiquement viable, justifie sans ambages David Meeker, le patron de l’entité globale Sanofi Genzyme.

Dupixent, «blockbuster» annoncé

Biotech fondée en 1981 à Cambridge, commune jouxtant Boston, Genzyme s’est spécialisée dans les maladies rares presque par accident, à partir de sa découverte d’un traitement enzymatique substitutif au long cours contre la maladie de Gaucher, Cerezyme.

D’autres médicaments dans des maladies similaires de déficit enzymatique ont suivi, comme Fabrazyme ou Myozyme (maladie de Pompe).

Rachetée pour 20 milliards de dollars en 2011 par Sanofi, au terme d’une longue bataille boursière, Genzyme a élargi son champ d’action à la sclérose en plaques, et regroupe aussi depuis l’an dernier les activités du groupe en onco-hématologie et immunologie.

Sanofi Genzyme est aujourd’hui l’entité la plus dynamique du groupe, avec 5 milliards d’euros de ventes en 2016 (hors pays émergents), en croissance de plus de 17% sur un an.

Elle pèse 15% du chiffre d’affaires du groupe, et sa dizaine de molécules en développement absorbe plus de la moitié des 5 milliards d’euros d’investissements annuels de Sanofi en recherche-développement.

L’un de ces produits, le dupilumab, un traitement inédit contre l’eczema sévère, doit être autorisé aux Etats-Unis à partir de fin mars, sous le nom de Dupixent. Il s’agit du plus important lancement de cette année pour le groupe.

Susceptible de décrocher à l’avenir d’autres indications dans des maladies associées, comme l’asthme, Dupixent, qui doit être pris à vie, pourrait devenir dès 2019 un «blockbuster», un médicament dépassant le milliard d’euros de ventes, selon un consensus d’analystes.

Regeneron, l’allié moteur

Cependant, l’eczema sévère n’est pas une pathologie extrêmement rare – 300.000 personnes adultes sont concernées rien qu’aux Etats-Unis – ni mortelle, bien que très invalidante. Aussi un prix trop élevé proposé par Sanofi Genzyme pourrait avoir du mal à passer.

«Nous essaierons de nouer un partenariat avec les payeurs, pas d’engager une bataille», en vue de trouver une «juste valeur» permettant l’accès du traitement «au plus grand nombre», affirme M. Meeker, alors que le prix des médicaments innovants fait l’objet de débats récurrents aux Etats-Unis comme en Europe.

Sanofi Genzyme n’aurait toutefois pas la même puissance d’innovation sans Regeneron, biotech américaine indépendante spécialisée dans les anticorps monoclonaux, avec laquelle Sanofi est allié depuis 2007.

Dupixent est issu de cette collaboration, tout comme l’anti-cholestérol Praluent et Kevzara (sarilumab), un traitement contre la polyarthrite rhumatoïde qui doit être lancé cette année, mais sur un marché déjà très concurrentiel.

Le partenariat entre les deux sociétés a été étendu en 2015 à l’immuno-oncologie, un segment très prometteur mais dans lequel Sanofi est distancé.

«Regeneron nous a propulsés dans l’ère moderne» des biomédicaments, reconnaît Gary Nabel, chef de la recherche-développement de Sanofi en Amérique du Nord.

Sanofi et Regeneron ont aussi tiré ensemble les leçons du Praluent, englué dans un litige juridique aux Etats-Unis avec Amgen, qui dénonce une violation de ses brevets.

Anticipant une éventuelle procédure similaire d’Amgen contre Dupixent, les deux partenaires viennent ainsi de saisir la justice Américaine, de manière préventive, pour tenter de prouver à l’avance leur bon droit.

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Auteur sur le Magazine Economie-news.com depuis 2015, je partage ma passion pour le monde politique en rédigeant des articles traitants de politique française principalement. Passionné de politique et d'histoire depuis très jeune, j’ai fais mes premiers pas dans ce monde dès la sortie de mon bachelor en science politique. Au plaisir d’échanger.

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